Influenceurs : Arnaques et dérives

Un influenceur, ou une influenceuse, mais qu’est-ce que c’est exactement? Et surtout, est-ce que c’est dangereux pour mon portefeuille ? Eh bien dans certains cas, oui ! Faisons le tour des arnaques et dérives d’influenceurs les plus connues de ces dernières années.

Influenceur, c’est quoi ce métier ?

Mais avant tout, commençons par une petite définition : un influenceur, c’est une personne capable d’influencer les habitudes de consommation d’un public. Comment ? A travers son statut, sa position ou son exposition médiatique. Mais il y a une différence avec une star “traditionnelle”. C’est que l’influenceur utilise internet et les réseaux sociaux pour interagir avec son public.

C’est comme votre neveu…

Pour bien comprendre, prenons un exemple simple: c’est comme votre neveu super calé en informatique. On peut considérer qu’il a un rôle d’influenceur dans votre famille. S’il vous recommande une marque d’ordinateur, vous serez prêt à lui faire confiance car vous estimez qu’il a une expertise en la matière. Sur internet, c’est similaire, mais à une échelle beaucoup plus grande.

Si votre neveu voulait devenir influenceur, il pourrait utiliser les réseaux sociaux pour étendre son influence bien au-delà du cercle familial. Il pourrait partager ses conseils sur YouTube, sur un blog, ou encore Facebook. Et avec le temps, il pourrait toucher des milliers, voire des millions de personnes.

Comment les influenceurs gagnent de l’argent?

Les influenceurs, soit ils partent de “zéro” (comme dans l’exemple de votre neveu), soit ils profitent de leur célébrité (via la téléréalité, le sport, le mannequinat, etc.). Ce nouveau métier peut s’exercer dans pratiquement tous les domaines: beauté, mode, voyage, gastronomie, culture, sport, etc. Mais aussi sur de nombreuses plateformes: Instagram, Facebook, YouTube, Twitter, blogs, podcasts, etc.

Dernière caractéristique des influenceurs: ils gagnent de l’argent à travers leur activité en ligne. Comment ? Le plus souvent en étant rémunérés par des marques pour promouvoir leurs produits.

Ils ont alors deux facettes: ils créent d’une part une relation forte avec leur public, mais ils travaillent en parallèle avec des entreprises afin de faire leur publicité dans leurs articles, photos ou vidéos.

Top 5 des influenceurs francophones

Pour se faire une petite idée, voici les cinq influenceurs francophones ayant le plus d’abonnés sur Instagram (en mai 2020):

  • Norman Thavaud: 6,2 millions
  • SqueeZie: 6,2 millions
  • Cyprien: 6 millions
  • Enjoy Phoenix: 4,9 millions
  • Seanfreestyle: 4,4 millions

Bon, on a dressé le portrait général des influenceurs. Entrons maintenant dans le vif du sujet. Car comme souvent, qui dit argent, dit aussi dérives et arnaques!

Une influenceuse accusée d’avoir dérobé plus d’un million de dollars à ses abonnés

Commençons par une énorme affaire de vol relayée par de nombreux médias : celle de l’influenceuse américaine Kayla Massa. La jeune femme est accusée d’avoir profité de la crédulité de ses 300.000 abonnés pour leur dérober environ 1,5 million de dollars, selon le ministère américain de la Justice.

Une relation de confiance…

Comment a-t-elle fait ? Au fil des mois, elle a publié de nombreuses photos d’elle avec des voitures de luxe, des bijoux hors de prix et même des liasses de billets. Le but ? Nouer une relation avec son audience et montrer qu’elle avait de l’argent. Grâce à cette image qu’elle avait créé, elle est parvenue à convaincre plusieurs personnes qu’elle pouvait leur faire gagner beaucoup d’argent. Pour cela, il suffisait à ses abonnés de lui donner leurs informations bancaires.

1.600 faux chèques

Résultat : de 2018 à 2020, Kayla Massa est accusée d’avoir utilisé ces informations pour déposer 1.600 faux chèques et 650 mandats bancaires contrefaits sur les comptes de ses victimes. Après les dépôts, elle récupérait ensuite l’argent. Son compte Instagram a finalement été fermé et le travail de la justice poursuit son cours.

Mais vous allez le voir, les adultes ne sont pas les seules victimes d’influenceurs malhonnêtes.

Des enfants arnaqués sur YouTube

En 2018, le dénommé CoD Forlan a organisé des dizaines de lives (des vidéos en direct) sur YouTube avec sa communauté. Un public composé de nombreux mineurs d’âge, parfois très jeunes. L’individu a joué sur son lien de proximité et leur a promis des récompenses sous forme de smartphones ou de cartes cadeaux. Bien sûr, il promettait aux meilleurs donateurs les cadeaux les plus convoités.

Enchère aux plus gros donateurs

Résultat: les lives sont devenus de véritables batailles d’enchères. Imaginez la scène: le youtubeur crie haut et fort le nom des donateurs. Exaltés, des jeunes fans sortent la carte bleu (peut-être celle de leurs parents) et envoient jusqu’à des centaines d’euros à leur idole du web. Dans leur esprit, ils sont persuadés d’acquérir un statut au sein de la communauté et ils espèrent être récompensés pour leur soutien.

Mais… aucun des prix promis n’était réel. Ni les cartes cadeaux, ni les smartphones. Les agissements de CoD Forlan ont finalement été repérés et dénoncés. Sa chaîne a été supprimée par la plateforme, mais le mal était fait.

Passons maintenant à une pratique tout aussi délicate: la promotion de produits suspects.

Des influenceurs conseillent des produits douteux à leur public

Promouvoir des produits est une pratique très répandue parmi les influenceurs pour gagner de l’argent. Certains le font avec une certaine prudence: ils choisissent avec précaution leurs partenaires, ils sont transparents avec leur communauté, etc.

Des boutiques en ligne hors-la-loi

Cependant, d’autres sont beaucoup moins prudents. Conséquence: certains influenceurs promeuvent des produits vendus sur des boutiques en ligne qui ne respectent pas le droit français:

  • les mentions légales sont incomplètes,
  • il manque de nombreuses données sur les produits,
  • ils utilisent des pratiques commerciales trompeuses,
  • les informations sur la fabrication des produits sont incorrectes ou fausses,
  • les garanties de livraison ou de remboursement ne sont pas respectées,
  • etc.

Le cas d’EmmaCakeUp et Oltean Vlad

La pratique est extrêmement répandue. Vous voulez un exemple précis? Allons-y ! En 2018, BFMTV a publié un article sur EmmaCakeUp et son compagnon Oltean Vlad. Aujourd’hui, le couple cumule plus de 3,6 millions d’abonnés sur Instagram.

Les deux influenceurs ont été vivement critiqués par de nombreux fans après avoir fait la promotion d’une boutique en ligne, Prestige Chronos. Le site vendait alors des montres prétendument fabriquées en Suisse avec des prix allant de 70 à 400 euros. Des consommateurs ont cependant indiqué n’avoir jamais reçu leur commande, et avoir trouvé les mêmes produits 70 fois moins cher sur des sites de vente asiatiques.

Des montres suisses, vraiment?

Interrogé par BFMTV, Oltean Vlad a affirmé s’être fait duper par la marque. De son côté, le responsable de Prestige Chronos a répondu ceci: “J’ai contacté Oltean Vlad pour lui proposer un partenariat. En échange de la promotion de Prestige Chronos, je lui ai versé 4000 euros. Toutes les montres vendues seront livrées. Je reconnais avoir commis une erreur en mentionnant une fabrication suisse”. Très bien, mais les clients auraient-ils commandé ses montres s’ils avaient su qu’elles ne venaient pas de Suisse?

Morale de cette histoire: si vous pensez acheter un produit mis en avant par un influenceur, nous ne pouvons que vous conseiller d’être vigilant. Souvent, une simple vérification sur un moteur de recherche ou des sites de signalements vous permettra de vous forger une meilleure opinion. Et si vous avez la sensation d’être manipulé ou de subir une pression pour acheter un produit, méfiez-vous.

Terminons par un petit rappel en matière de promotion et de publicité.

Influenceurs et pubs cachées

Car à ce stade, vous vous demandez peut-être si les influenceurs que vous suivez sur internet sont transparents avec vous. S’ils vous recommandent un produit, est-ce qu’ils le font par gentillesse après l’avoir testé, ou parce qu’ils sont payés pour en parler? Et est-ce légal d’être payé pour promouvoir une marque sans préciser au public qu’il s’agit de publicité?

La loi

La réponse est non! L’article 20 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique stipule ceci:

Toute publicité, sous quelque forme que ce soit, accessible par un service de communication au public en ligne, doit pouvoir être clairement identifiée comme telle”.

Les recommandations

D’ailleurs, l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) dit la même chose dans ses recommandations: “La publicité doit pouvoir être clairement identifiée comme telle […] Cette identification peut se faire par tout moyen nettement perceptible permettant de rendre d’emblée non équivoque pour le public la nature publicitaire du message”.

Voici certaines pratiques utilisées par des influenceurs mais considérées comme non-conformes par l’ARPP:

  • mettre le hashtag #AD (publicité en anglais) dans la description,
  • les remerciements du genre “merci à la marque XYZ pour cet essai”,
  • les formulations vagues du genre “j’ai été contacté par la marque XYZ…”,
  • noyer l’identification de la pub tout au fond du message ou de la description.

Et voici un exemple de bonne pratique mise en avant par l’ARPP:

Arnaques influenceurs: exemple publicité correcte

© ARPP – Observatoire marketing d’influence: les bonnes pratiques

Bien sûr, on ne va pas se mentir: vous et moi nous savons très bien que dans la pratique, de nombreux influenceurs ne respectent pas forcément la loi ni les recommandations. Restez donc vigilant pour différencier les conseils sincères des publicités cachées!

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