Macron / Le Pen : leurs propositions anti-arnaques

Lors des élections précédentes, les candidats s’étaient peu, voire pas intéressés, à la problématique des arnaques en ligne. Etant donnée la place de plus en plus importante prise par cette forme d’insécurité (un ménage sur 10 touché chaque année), c’était pour nous une anomalie incompréhensible. Nous nous sommes donc intéressés au programme des candidats qualifiés au second tour sur ce thème. Une prise de conscience a-t-elle enfin eu lieu ? C’est ce que nous allons voir !

Nos constats

Pour juger de l’efficacité potentielle des mesures proposées, commençons par quelques constats sur ce qui rend aujourd’hui l’escroquerie en ligne tellement « tendance »:

  • Une grande partie des escroqueries proviennent de pays étrangers avec lesquels les coopérations sont insuffisantes.
  • Les ressources dédiées à la répression des fraudes financières (AMF, ARCEP) et commerciales (DGCCRF) sont largement sous-dimensionnées.
  • Le système juridique est trop peu spécialisé dans les fraudes numériques et globalement peu dissuasif.
  • La population manque de formation à quelques réflexes de base pour prévenir la majeure partie des risques.
  • Les lanceurs d’alerte en matière d’escroquerie sont peu protégés et peu utilisés par les pouvoirs publics.
  • Certains intermédiaires nécessaires dans le montage des arnaques sont déresponsabilisés, qu’ils soient techniques (opérateurs télécom par exemple) ou financiers (banques).

Le programme de Marine Le Pen : lutter contre toutes les fraudes

Première bonne surprise, Marine Le Pen a dédié un livret thématique complet à la lutte contre la fraude. A la lecture du livret, on comprend rapidement qu’il y a derrière cette initiative une volonté de répondre à quelques thématiques populaires aussi bien à droite (fraude sociale, fausses cartes vitale) qu’à gauche (fraudes et optimisations fiscales).

On voit cependant qu’un sujet cher à Signal Arnaques est abordé plus en détail : la vente en ligne. Nous avons toutefois été déçus puisque seules les fraudes à la TVA et le respect des normes y sont abordés. Ce sont bien sûr des problèmes importants, mais quitte à dédier une page à la question, on s’attendait à mieux ! Ainsi le document fait l’impasse sur les pratiques commerciales trompeuses qui forment pourtant le gros des plaintes sur Signal Arnaques.

Du côté des mesures pour lutter contre ces fraudes, deux points sont susceptibles d’avoir des effets pour le consommateur français. Le premier est la création d’un ministère de lutte contre les fraudes. L’intention est louable mais il est difficile de dire quel pourrait en être l’effet. D’une part, une grande partie de son efficacité dépendrait des moyens concrets à sa disposition. Par ailleurs, sa réussite serait liée à la façon dont seraient effectivement coordonnées et gérées ces autorités que la candidate souhaite faire travailler ensemble. L’expérience des « GIR », qui repose sur le même type d’idée, a par exemple, donné des résultats très contrastés.

Un autre point-clé est la promesse d’embauche de personnel douanier pour redonner aux douanes leurs effectifs de 1990. Il est clair qu’une mesure de ce type contribuerait à lutter contre plusieurs dérives du commerce en ligne. Nous pensons en particulier aux problèmes posés par le dropshipping que nous avons dénoncé à plusieurs reprises.

Les mesures hors lutte anti-fraude

Dans son livret thématique consacré au numérique, Marine Le Pen évoque rapidement les escroqueries en ligne. Elle ne donne cependant pas vraiment de mesure concrète sur le sujet. On pourrait éventuellement citer le renforcement des capacités de l’ANSSI, sans qu’on ne sache si cela bénéficierait vraiment à l’internaute moyen.

Enfin, en examinant le livret dédié à la sécurité, on trouve la promesse de l’augmentation importante du nombre de magistrats. C’est pour nous un point capital, puisqu’elle est sans doute un prérequis dans l’amélioration de la lutte contre les escroqueries… On la retrouve d’ailleurs dans le programme d’Emmanuel Macron que nous allons à présent examiner.

Emmanuel Macron : un bilan à défendre

Chez le président-candidat, on privilégie surtout la présentation des mesures déjà prises sous son premier quinquennat. Le programme en lui-même est essentiellement constitué d’un document de 24 pages assez peu détaillé. Commençons par le bilan puisque c’est l’essentiel de ce que nous avons à notre disposition.

Dans le domaine de la prévention, 2 dispositifs potentiellement intéressants ont été mis en place. Les « conseillers numériques » et les « pass numériques » ont en effet pour publicité d’accompagner ceux qui le souhaitent dans la maîtrise des outils informatiques. La prévention des arnaques fait partie des points abordés par ces dispositifs récents et sur lesquels nous manquons encore de recul.

La répression des fraudes (DGCCRF) a acquis de pouvoirs pour lutter contre certaines pratiques commerciales en ligne. Le bilan présidentiel cite le cas retentissant de la plate-forme « Wish », déréférencée en France l’an dernier. Malheureusement, la DGCCRF a vu en parallèle ses effectifs, déjà faibles, baisser tout au long des 5 dernières années.

L’équipe du candidat souligne aussi la création du parquet national numérique. Là encore, cette initiative intéressante est finalement décevante puisqu’elle ne traite que des problèmes de haine en ligne. Tout le reste de la cyberdélinquance reste donc géré par des magistrats non spécialisés.

L’équipe de « Pharos » qui gère le site de signalement du gouvernement a vu ses effectifs doubler. Si cela semble avoir des effets sur la haine en ligne ou le terrorisme, la lutte anti-arnaques reste le parent pauvre de ce dispositif.

Et dans le programme ?

Sur le programme en lui-même, nous nous sommes réjouis de voir clairement pris en compte le problème des arnaques en ligne. Il promet ainsi un filtre anti-arnaques qui protégera en temps réel les internautes ! Le problème, c’est que la nature de ce filtre est encore floue et que les doutes sur sa faisabilité sont multiples comme le souligne Numerama.

Le candidat propose également le recrutement de 1500 « cyberpatrouilleurs ». Mais les détails fournis ici ou là sur les missions de ces nouvelles recrues ne nous permettent pas de dire si cela bénéficiera à la lutte contre les escroqueries en ligne.

Le candidat évoque enfin la création numéro d’assistance « cyber ». Peut-être s’agit-il du « 17 numérique » annoncé par le ministère de l’intérieur en mars ?

Notre avis

C’est indéniable : les programmes de Marine Le Pen ou d’Emmanuel Macron prennent enfin en compte la problématique des escroqueries en ligne. On retiendra du côté de Le Pen l’engagement fort sur la lutte contre les fraudes et le contrôle des marchandises aux frontières. Pour ce qui est de Macron, il s’agit de renforcer des actions déjà prises et de quelques nouveaux moyens de lutte contre la cybercriminalité.

Par ailleurs, les deux candidats sont en accord sur le besoin de nouveaux magistrats.

Malgré tout, les deux programmes nous laissent sur notre faim : d’une part, le flou de nombreuses propositions empêche de réellement juger leur bien-fondé, d’autre part, plusieurs actions pour nous essentielles sont toujours absentes des deux programmes.

Parmi celles-ci, le renforcement des moyens des autorités de contrôle et la responsabilisation des intermédiaires nous paraissent prioritaires.

6 réponses

  1. hayat dit :

    Bonjour
    Je vous félicite pour vos actions.
    Autodidacte à 71 ans passionné des technologires et chez d’entreprise puis 1983 soit 40 ans , je me demande comment votre modéle econimique est viable? est-ce uniquement grace au inserts de promotion des différentes marques?
    Vous etes pour moi un vrai service public
    Continuez MERCI
    DENIS HAYAT
    0681600820
    denishayat@gmail.com

  2. HenriB dit :

    En effet, il faut lutter contre les arnaques du président de la république.
    Vous le dites clairement. J’approuve.

    • HenriB dit :

      J’aurais dû vous citer explicitement :

      « Le programme de lutte contre les arnaques du président de la république »

      Impatient de connaitre ce que vous proposez pour lutter contre les arnaques de ce type……

  3. CatherineP dit :

    Si cela fonctionne aussi bien que Bloctel, on a du souci à se faire. Ceci dit, je trouve Signal Arnaques et pertinent instructif.

  4. MARILLOT dit :

    Et puisqu’on parle d’arnaques, même si ce n’est pas le bon endroit ici. Je parle de toutes les propositions que je reçois sur mon téléphone depuis google, sur les aides gouvernementales appelées « plan d’état 2022 » sur les panneaux photovoltaïques. J’ai signé, puis me suis rétractée après le passage de commerciaux de 2 entreprises. Après renseignement à l’Adil, pas d’aides de l’Etat sur 2022. je continue à recevoir des offres bien alléchantes pour tester mon éligibilité !

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